Le nouveau Sigma Art 20mm/1.4 DG DN

Le 8 août 2022, Sigma annonce un objectif optimisé pour mirrorless avec le nouveau Art 20mm/1.4 DG DN pour Sony E-mount & L-mount


Lionel Favre, Ambassador Sigma Switzerland a eu l'honneur de le tester sur ses Sony, particulièrement le A7RIV... Un test complet !


Une optique que j'attendais depuis longtemps qu'elle soit optimisée pour les appareils hybrides, le 20mm/1.4. J'ai déjà pu tester son grand frère en 2018, le 20mm/1.4 version DG HSM, une version pour réflex, très piquée mais qui souffrait de quelques défauts comme de la coma sur les étoiles en astro et surtout un objectif avec une lentille frontale massive empêchant d'y monter des filtres classiques.


L'avènement des appareils sans miroir permet de revoir totalement les formules optiques et gagner en encombrement particulièrement avec les objectifs grands-angles et lumineux. Ce nouveau 20mm/1.4 version DG DN est plus compact, plus léger, plus pratique.

Etant Ambassador Sigma Switzerland, j'ai eu donc la chance de pouvoir tester cet objectif avant son annonce officielle. Je vais pouvoir éplucher ses performances et vous faire un retour dans les règles de l'art. Je tiens à préciser que mon retour est totalement neutre.


Ergonomie, Encombrement

Il est sans aucun conteste plus compact que la version Art 20mm/1.4 DG HSM. Il est aussi presque 2x plus léger (0,6kg vs 1kg). Cette différence de poids est importante et permet de le rendre plus polyvalent. On hésitera aussi moins à le glisser dans son sac photo si l'on part part faire une balade où l'on est pas sûr de l'utiliser.

Sa lentille frontale est aussi bien moins bombée et proéminente, ce qui facilite grandement son nettoyage. Il est d'ailleurs possible d'y monter des filtres de diamètre 82mm. Un très bon point pour une optique de paysage où l'ajout d'un filtre ND, permet par exemple de donner un effet vaporeux aux cascades d'eau. C'est aussi intéressant pour le photographe en zone polluée, l'ajout d'un filtre coupant les IR permet d'avoir des images plus pures du ciel nocturne.

On peut aussi ajouter des filtres à l’arrière de l’objectif. Cependant, on reste dans une optique très particulière, ultra grand angle et ultra lumineuse. La formule optique est optimisée pour être compacte, on reste néanmoins sur un gros objectif qui n’est pas forcément passe partout.


Construction

L’optique est bien protégé contre les intempéries avec notamment un joint au niveau de la bague de la monture. Son pare soleil est amovible et bien maintenu en place par un bouton de verrouillage.

Il y a toute une panoplie de boutons directement sur le fût de l’objectif. Le bouton AF/MF est particulièrement bien placé et pratique lors de photographie nocturne. Attention cependant, ce n’est pas parce que l’objectif est en MF que la mise au point ne bouge pas après un redémarrage de l’appareil photo ou lors d'un touché accidentel de la bague de mise au point. Il faut impérativement contrôler sa mise au point régulièrement pour éviter d'avoir de mauvaise surprise une fois de retour derrière le PC. Sigma résout habilement ce problème de mise au point qui peut bouger. Le bouton MFL Lock permet de verrouiller la mise au point lorsque l’on est en mise au point manuelle. Une superbe idée, c'est à se demander pourquoi cette fonction n'existait pas avant ?


On retrouve un bouton personnalisable sur le fût. On peut par exemple l’attribuer pour la mise au point automatique sur les yeux ou autre selon votre préférence.


Il y a un switch permettant d’avoir la bague d’ouverture crantée chaque 1/3 diaf ou sans clic (pour les vidéastes principalement qui ne veulent pas d'à coup dans leur film).

Une autre nouveauté intéressante est un bouton permettant de verrouiller notre choix de réglage d’ouverture. Sans le verrouillage, avec la bague de diaf, on règle notre ouverture entre f1.4 et f16. Si l’on bascule sur A, on règle l’ouverture via le boîtier. Avec le bouton de verrouillage, on est soit bloqué avec le réglage de l’ouverture sur le boîtier entre f1.4 et f16, soit bloqué avec le choix de l’ouverture via le boîtier. C’est pratique pour éviter une perte de temps et une image ratée si la bague a malencontreusement bougé pendant le transport ou une fausse manip. Ça peut aussi être très pratique lorsque l’on ne peut pas accéder facilement au boîtier comme dans un caisson étanche pour des photos sous-marines.


Le reste de la construction est dans les standards des derniers Sigma ART, une finition sobre est classe et de bonne facture. La bague de mise au point à une course très longue permettant un réglage précis de la mise au point (bien plus longue que les optiques Sony). Cette précision de mise au point est bienvenue pour la photographie nocturne pour faire le point sur les étoiles.


Qualité d'image

Concernant la qualité d’image, c’est une optique qui sort du lot pour cette catégorie avec un piqué phénoménal dès la pleine ouverture même sur un capteur 61mgpx comme le a7rIV jusque dans les coins. Rien à voir avec le 20mm f1.4 HSM qui était un peu mou dans les angles à pleine ouverture. Il faudra attendre que d'autres testeurs fassent des comparaisons plus rigoureuse avec des chartes, ce n'est pas ma tasse de thé. Mais sur le terrain, le piqué est razor sharp comme disent les anglophones!

Flare, AC

Si le soleil n’est pas loin du centre de l’image, du flare peut apparaître. C’est un problème qu’il est difficile d’éviter avec un grand angle aussi lumineux. Le Sony 24mm f1.4 s’en sort mieux mais pour quasiment 3x le prix du 20mm Sigma.

Je n’ai pas réussi à mettre l’objectif en défaut avec les aberrations chromatiques. Même en contre jour et hors plan de netteté. Pas d'AC avec ce 20mm DG DN.


Coma

Concernant la coma, il fait vraiment mieux que son prédécesseur en version reflex. Les coma sont inexistants même à pleine ouverture ce qui est une excellente nouvelle pour ceux qui voudrait photographier le ciel nocturne. Ci-dessous, deux recadrages 100% dans les angles à pleine ouverture (f1.4). Une fois avec le 20mm f1.4 GSM et une fois avec le 20mm f1.4 DG DN


(Version DG HSM, on remarque un effet "croix")


(Version DG DN pas de coma, les traits sont dû au filet des étoiles)

On remarque aussi que le DG DN est aussi significativement plus piqué que le HSM. Contrairement au HSM ou je fermais à f1.8 ou f2 pour diminuer l'effet de coma, le vignétage et être moins mou. Le 20mm DG DN est au taquet dès la pleine ouverture , c'est vraiment une optique de choix pour de la photographie de voie lactée


Vignetage

Pour le vignettage, il est présent à pleine ouverture, il devrait pouvoir être corriger facilement une fois que l'objectif sera reconnu par LR et les autres softs de traitement. Le vignetage disparaît totalement dès F2 Ce vignetage peut être visible lors d’assemblage de panorama, il faut penser à prendre suffisamment d’images pour avoir un recouvrement important et minimiser l’effet du vignetage et/ou fermer à F2 et plus. Les distorsions sont bien maîtrisée, dans l’ensemble, c'est une bonne optique pour faire des panorama.

Effet "Stars"

Avec ses 11 lamelles de diaphragme, l’effet étoile est très marqué et esthétique dès que l’on ferme à plus de F8.

L’effet est souvent accompagné d’un peu de flare de par la présence du soleil dans le cadre.


Image nocturne à main levée

La très grande ouverture permet de faire des images à main levée avec très peu de luminosité. Très pratique si l’on ne veut pas avoir un trépied avec soi en permanence. Par exemple, ici les différents alpinistes en train de monter vers le sommet du Dom.



Cependant, dans ces conditions de très faible luminosité, l’AF est un peu hésitante et oscille parfois autour du point. Dans des conditions lumineuses normales, le point se fait précisément et rapidement. L’AF du 20mm est tout de même un poil en retrait par rapport aux optiques Sony avec moteur linéaire.


Proxi

Notez que la mise au point peut être faite à 23cm permettant de faire des images de proxi d’animaux montrant ainsi leur habitat ou des portraits particulièrement originaux. Cette mise au point rapprochée permet aussi d’amplifier la taille du premier plan avec l’effet grand angle.




Focus Breathing

Si on le compare à d’autres optiques du même calibre, le 20mm f1.4 DG DN a peut de focus breathing. C’est particulièrement intéressant pour les vidéastes mais aussi pour les photographes faisant du focus stacking.


Conclusion

En conclusion, pour moitié prix du 24mm f1.4 Sony ou moins cher et plus lumineux que le 20mm f1.8 Sony, le 20mm f1.4 DG DN s’inscrit comme un très bon choix. Après un gros lifting de volume et de poids par rapport à la version réflex (DG HSM), le DG DN optimisé pour appareil sans miroir est maniable et facilement transportable en ballade. Il a de nombreux verrouillages de la mise au point manuelle et de l’ouverture pour éviter toute surprise lors des déplacements ou pendant les prises de vues. C’est une optique qui est très spécialisée et qui nécessite un œil aguerri pour composer au mieux ses images. Ses performances sont excellentes avec un piqué qui décoiffe dès la pleine ouverture. Les aberrations chromatiques et la coma sont inexistants même à pleine ouverture ce qui en fait une des optiques les plus intéressantes pour la photographie nocturne. La mise au point moins de 23cm permet de faire de la proxi avec de jolis bokeh (pour un grand angle) permet de bien mettre en valeur des petits sujets. Le grand angle permet d'amplifier l'importance du premier plan par rapport à l'arrière plan, un jeu de perspective à utiliser lors des compositions des images.


On peut noter quelques défauts inhérents à la grande ouverture et angle de l’optique. Le 20mm est assez sensible au flare lorsque le soleil est dans le champ de vision, le vignetage est aussi présent à pleine ouverture mais s’estompe rapidement en fermant (entre f1.4 et f2). L’AF en basse lumière n’est pas un foudre de guerre mais est-ce vraiment important pour une optique orientée paysage ?


La construction est solide et sobre. Le pare soleil est amovible (pas forcément le cas pour les UGA ultra lumineux) et la lentille frontale pas trop bombée permettant le montage de filtre vissant plutôt qu’un système compliqué fixé sur le pare soleil (aussi possible de mettre des filtres à l'arrière). Il y a de nombreux boutons sur le fût pour passer en MF ou pour dé-cliquer la bague d’ouverture pour les vidéastes. Deux autres boutons de verrouillage font leur apparition avec le blocage de la mise au point en manuel focus ainsi que le blocage de la sélection de l'ouverture. Il y a aussi de nombreux joints d’étanchéité pour résister à toutes les conditions météos notamment la rosée du matin lors des time-laps.


Un excellent rapport performance/qualité/prix dans la gamme des ultra grand angle lumineux pour de la photo nocturne, de paysage et d’archi. Cela peut aussi être une optique complémentaire pour faire des photos originales en jouant sur l’effet grand angle et faible profondeur de champs pour des portraits ou de la proxi.


Synthèse

+ Ultra grand angle très lumineux

+ pas de coma

+ pas d’AC

+ Possibilité de visser des filtres, pare soleil amovible

+ compact/léger par rapport à la version reflex (et au regard de sa forte ouverture)

+ prix très compétitif par rapport à la concurrence <1000€

+ le grand angle le plus lumineux du marché (20mm f1.8, 14mm f1.8, 24mm f1.4)

+ tropicalisation

+ construction globale et boutons/switch sur le fût

+ verrouillage de la mise au point manuelle (MFL Lock)

+ effet étoile en fermant

+ possibilité de proxi

+ 1 nettoyage par an et garantie à vie avec Sigma Suisse et la carte SSC

- AF hésitant et lent en basse lumière

- optique spécialisée pour photographe expérimenté

- vignetage visible à pleine ouverture (négligeable dès F2)

- résistance au flare


Merci Lionel pour ce test complet.







Lionel Favre, 8 août 2022

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